Elantris

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Ariane, le 25 juin 2013 à 21h50

Voilà, lecture achevée depuis un petit moment déjà... Mais j'ai du mal à rédiger mon avis ^^ quoique très positif smile.

Si j'ai mis un peu de temps avant de bien entrer dans le livre, l'immersion fut pourtant totale au bout d'un certain moment. Je comprends désormais tout ce que ce premier roman avait de révélateur et de prometteur. L'intrigue et l'énigme autour de laquelle elle s'agence sont très accrocheuses, l'histoire s'articule à merveille autour de ses trois personnages centraux. Chaque personnage secondaire était à mes yeux mené jusqu'à son plein accomplissement, des destins parfois totalement accessoires m'ont beaucoup plu.

Le personnage qui m'a le plus séduit était indubitablement Hraten coeur il est travaillé à merveille, et moi qui suis extrêmement éloignée de tout ce qui est théologique, il a su m'apporter un nouveau regard, voire même, plusieurs nouveaux regards sur la religion. Les points de vue de Sarène et Raoden, plus conventionnels, sont tout aussi captivants à la lecture. Le plus beau reste la chorégraphie que dessinent ces trois personnages, ces trois points de vue, ces trois histoires qui parfois se répondent ou se contredisent avec amertume. Les rebondissements parsèment le livre, et dans le dernier tiers les coups de théâtre s'enchaînent, toujours aussi riches de conséquences.

Un thème qui m'a paru omniprésent dans le livre était celui de la dignité humaine... Plus que de dénoncer les travers d'une société ou d'une autre, l'auteur apporte finalement des illustrations de solutions. Les questions sur la place des femmes sont également très présentes dans ce livre, avec l'exemple caricatural de l'Arélon, mais surtout, une réflexion beaucoup plus fine (et peut-être plus applicable à nos sociétés) avec l'exemple du Téod, malgré son apparente perfection sur ce sujet. Le thème de la théologie est bien sûr très présent, ainsi que celui de l'intégrité de chacun.

Pour ce qui est des émotions, les destins tracés ici, je le redis, m'ont énormément touchée (J'ai même eu du mal à dissimuler ma tristesse à certains moments lorsque je lisais en stage... ^^). Les situations sont très poignantes... Un seul regret, parfois je n'arrivais pas à m'immerger pleinement dans les émotions des personnages. Je pense qu'elles étaient entourées d'un tel degré de débats, de stratégie et de réflexions au début du livre que je m'écartais un peu du côté émotionnel... Et puis les moments d'introspection des personnages me paraissaient à la fois pas assez développés et trop répétitifs par moments. Voilà pour expliquer ma première impression un peu réservée... Mais par la suite cette impression s'est estompée. Les débats que mène Sarène au début du livre sont juste géniaux coeur j'ai adoré les différents niveaux de discours et de combat verbal.

Au final, moi qui avais beaucoup tendance à comparer à Warbreaker... Je trouve Elantris un peu plus marquant, un peu plus "grandiose". J'ai trouvé parfois les développements un peu rapides (surtout au début), aussi j'ai hâte de lire un jour l'un des cycles de cet auteur, plutôt que de toujours lire les tomes uniques.

Ariane, le 6 juin 2013 à 18h54

Tkl a écrit :

Il faut aussi envisager qu'Elantris est, me semble t'il, le premier livre publié de Sanderson.

Oui, je le garde bien à l'esprit wink tant sur le plan des personnages que des atmosphères, Warbreaker me semble un cran au-dessus et ce n'est que plus prometteur pour les autres à venir...
Mais bon, j'arrête là mes critiques et je reprendrai s'il y a lieu, une fois que j'aurai tout lu. En fait tant de choses semblent déjà exposées en si peu de chapitres que je ne doute pas que la suite puisse me ravir en prenant de l'ampleur smile

EDIT :
En en rediscutant avec Messire Rowan, je pense que j'ai compris ce qui me perturbait dans ce livre : Elantris s'adresse bien plus à mon cerveau qu'à mon coeur... Les idées me plaisent, les passages d'argumentation, leur finesse et leurs différents niveaux de discours, me ravissent smile mais je ne parviens pas à m'impliquer émotionnellement comme dans d'autres livres. Aussi mon esprit est conquis mais mon coeur est moins charmé que lors de ma lecture de Warbreaker. Une fois cette nuance faite, je réalise à quel point j'adore les points de réflexion et d'argumentation dans ce livre smile , de même que les idées développées en profondeur.

tkl, le 6 juin 2013 à 09h42

Ariane a écrit :

Je réalise que j'ai été très marquée par Jaworski à travers Gagner la Guerre, sa minutie et sa lenteur pour décrire chaque lieu, mais surtout chaque action, chaque sensation. Aussi, reprendre un autre livre me donne l'impression que tout va trop vite. Dans le cas présent c'est peut-être également l'impatience de voir approfondis les nombreux thèmes qui ne sont qu'esquissés pour le moment...

Je peut témoigner moi aussi qu'il est très difficile de passer derrière Gagner la Guerre  siffle
Il faut aussi envisager qu'Elantris est, me semble t'il, le premier livre publié de Sanderson.

Et si le monde est particulièrement original on ne peut que constater comment l'écriture du bonhomme s'est améliorée au fil des romans: Warbreaker...Fils de Brumes ect...

Ariane, le 5 juin 2013 à 17h10

J'ai enfin commencé Elantris... et j'avoue que je suis un petit peu déçue pour le moment huh il manque quelque chose du charme de Warbreaker (moi qui n'avais lu que celui-là...). Je ne sais pas si c'est le livre en lui-même qui est différent ou si mes goûts ont beaucoup changé dans l'intervalle. Après, il est évident que mes attentes envers ce livre étaient extrêmement élevées au vu de l'enthousiasme qu'il suscite, et du plaisir que j'avais eu à lire Warbreaker.

Je réalise que j'ai été très marquée par Jaworski à travers Gagner la Guerre, sa minutie et sa lenteur pour décrire chaque lieu, mais surtout chaque action, chaque sensation. Aussi, reprendre un autre livre me donne l'impression que tout va trop vite. Dans le cas présent c'est peut-être également l'impatience de voir approfondis les nombreux thèmes qui ne sont qu'esquissés pour le moment...
Pour ce qui est de la comparaison à Warbreaker, je trouve que Warbreaker possédait quand même une touche de fraîcheur avec l'histoire de Siri et surtout celle de Chanteflamme (j'aimais tellement ce personnage !), pour le moment les trois points de vue que j'ai vus dans Elantris sont tous dans une ambiance assez sombre.
Et puis il y a aussi beaucoup le contexte dans lequel je le lis qui rajoute à cette impression (je suis en stage dans les bâtiments les plus glauques du CHR, dans un service où il ne se passe RIEN pendant des heures et des heures, aussi ma patience est mise à rude épreuve ^^ et chaque passage du récit du prince me donne une impression de claustrophobie... c'est un peu bizarre, je sais roll ).

J'espère que ces impressions se dissiperont par la suite ! Car pour ce qui est du fond de ce livre, les idées développées dès les premiers chapitres sont très intéressantes, j'adore l'approche qui est faite ici de l'immortalité (avec ses deux versants). Le mystère sur lequel est basée l'histoire me captive complètement ! Et pour ce qui est des thèmes théologiques, j'ai l'impression de ne discerner pour le moment, là aussi, qu'une partie infime d'un tableau bien plus vaste.

C'est donc très loin d'être un avis négatif, juste curieusement nuancé... et plein d'espoir pour la suite.

Rikka, le 8 août 2011 à 14h29

Elantris, comme son nom l’indique, est l’histoire d’une cité, autrefois rayonnante de splendeur et aujourd’hui frappée d’une malédiction aussi terrible que soudaine. Jadis considérés comme l’égal des Dieux, faisant jusqu’à l’objet d’un culte, les habitants de la cité se voyaient dotés d’un corps scintillant fier et vigoureux, d’une vie quasi immortelle, d’une puissante magie. Frappés par le Shaod durant leur sommeil, chacun, mendiant ou riche seigneur, pouvait ainsi devenir un de ces êtres de lumière. Ils se réveillaient alors avec les cheveux d’un blanc pur et éclatant, une peau nacrée semblable à du mercure, et pour peu qu’ils l’étudient, l’art de dessiner des « aons » dans les airs, vecteur d’un pouvoir quasi sans limite. Pourtant, même les Dieux ont une fin… 10ans avant que le récit ne début, la bénédiction est devenue malédiction et ceux touchés par le Shaod se retrouvent la peau ridée et blanchâtre parsemée de tâches noires pour devenir des hommes ni vivants, ni même morts qui hantent la cité.

"Ses yeux bleus restaient les mêmes, quoique écarquillés de terreur, mais sa chevelure châtain avait viré au gris sale - et le pire c'était sa peau. Le visage du reflet arborait des taches d'un noir maladif, telles des meurtrissures. Nul ne pouvait se méprendre sur la signification de ces tavelures. Le Shaod s'était emparé de lui."

Ainsi nous découvrons l’un des 3 personnages principaux de l’intrigue : le prince Raoden, héritier de l’Arélon qui se réveille un beau matin lui-aussi frappé par la malédiction du Shaod. Lui qui, quelque années auparavant, aurait revêtu l’apparence d’un dieu n’est aujourd’hui que l’ombre de celui qu’il fut hier : un être déchu. Immédiatement confiné dans la cité d’Eltantris qui, à l’image de ses habitants est recouverte d’une crasse tel un parasite perfide, se consume et tombe en ruine, le prince se retrouve livré à l’anarchie et au chaos qui y règnent. Il découvre alors à ses dépends la dure loi instaurée par ces parias maudits qui, s’ils ne peuvent mourir, souffrent toujours de cette faim omniprésence que le temps rend plus insidieuse, de ces quelques blessures qui jamais ne guériront, les entrainant peu à peu vers un abyme de douleur où seule la folie offre un bien pauvre remède. Des êtres condamnés à dépérir sans pouvoir mourir.

"Si tous les hommes ne recherchaient pas une épouse idiote, rares sont ceux qui se sentaient à l'aise en présence d'une femme qu'ils savaient leur supérieure sur le plan intellectuel. Le temps que Sarène s'en rende compte, les quelques-uns qui auraient pu la tolérer étaient déjà mariés. Au désespoir, elle avait cherché à découvrir quelle opinion d'elle prévalait chez les courtisans de sexe masculin, et apprendre combien ils la tenaient en ridicule l'avait mortifiée."

Pendant ce temps, Sarène, la promise de Raoden, débarque à Kaë. Dans la capitale, elle devra supporter à la fois son statut de veuve et celui, plus ingrat, de "fille" du roi Iadon, père de son défunt époux. Femme forte, elle saura néanmoins s’imposer dans ce nouveau pays qui devient, par le biais des termes apposés à ses fiançailles, le sien. Ne cessant de lutter pour que ce dernier conserve sa liberté, cherchant en même temps des réponses qu’elle ne peut obtenir, c’est avec passion que nous l’observons se défaire de ses ennemis, vaincre par les armes aussi bien que la parole les préjugés qui enferment la cité et ses habitants dans un carcan de fer.

"Aucun Alérois ne vint saluer l’arrivée de son sauveur. Quoique patent, l’affront n’avait rien d’inattendu. Ces gens, surtout ceux qui vivaient près d’Elantris l’infâme, passaient pour les païens, voire des hérétiques. Hrathen venait y mettre un terme"

Ainsi se présente à nous lecteurs le nouvel acteur dans l'échiquier politique de l'Arélon : Hrathen, un des puissant gyorns et fidèle du Wyrm, empereur du Fjordell. Celui-ci, après avoir étendu l’influence de sa doctrine dans toutes les contrés du monde à grands coups de massacres et génocides se décide aujourd’hui de faire plier l'Arélon. Et si Hrathen, au terme de ses 3 mois d’essais ne peut y arriver seul, des moyens plus brutaux deviendront nécessaires. Sous l'ombre d'Elantris, le sort du monde va se jouer.


Après m’être ici attardée sur l’histoire et les personnages principaux qu’elle va mettre en jeu, quelques mots plus généraux sur l’intrigue, le style de l’auteur… bref, tout ce qui a contribué à me faire dévorer l’ouvrage. Tout d’abord, je commencerai par dire que c’est un très bon livre pour ceux qui désirent connaitre un peu l’auteur, son écriture, le type d’intrigue qu’il met en place, sa façon d’en dérouler le fils conducteur et de traiter ses personnages… C’est finalement pas très long (tome unique) et pourtant, ça en dit beaucoup sur le gus derrière tout ceci. Je dirai que ce que j’aime particulièrement chez cet auteur, c’est sa capacité à nous faire voyager alors même que se histoire se déroule dans un milieu clos. Ainsi, à l’image de Fils des Brumes, nous évoluons dans un lieu unique composé de deux cités : Elantris et Kaë. Autant dire qu’avec ce seul constat, j’aurai du prendre mes jambes à mon coup pour fuir ce livre : pas de grand voyage, pas de beaux paysages, seulement un univers à dominance citadine. Quelle horreur ! Et bien non, tout au contraire ! Car ce qui fait la force de Sanderson, ce n’est pas tant la claque visuelle imaginaire qu’il vous impose, mais son analyse si fine et percutante des relations humaines et du fonctionnement de cette société fictive aux traits finalement pas si éloignés de ce que l'on peut empiriquement connaitre...

Comme Hawk (cf la discussion dans la partie littérature), j’ai également retrouvé de cette ambiance du petit groupe de résistants. Ici, il y a un savant mélange entre politique et religion, deux sujets qui tiennent à cœur à Brandon Sanderson, que l’on retrouve également dans Fils des Brumes. Encore une fois, ceci peut repousser. Bien au contraire, par son habile traitement, on s’y laisse happer, établissement souvent un parallèle ironique avec notre propre monde. D’autre part, les personnages très charismatiques (non pas par leur physique divin mais leur intelligence) qui portent le tout sont la petite touche qui finit de transformer la pâte informe en une succulente pâtisserie. Et quel suspense mis en place tout du long ! Découvrir pourquoi la cité et ses habitants sont ainsi maudits n’est qu’une part (somme toute cruciale) du gâteau. La fin ? Un peu à l’image du 1er tome de Fils des Brumes est très ouverte. Une suite ? C’est tout ce que l’on souhaite en refermant un livre qui, pourtant, nous donne également un sentiment de finitude appréciable. Toutefois, l’univers, les personnages et l’intrigue mis en place sont tellement vastes qu’un cycle sur le sujet pourrait être tout à fait possible.

Pour conclure donc, un livre à l’image de l’auteur, avec une intrigue et un univers qui peuvent paraitre ""manichéens sur certains aspect", mais la nouveauté se trouve naissante et implicite à la lecture du synopsis, éclatant via traitement singulier établit par Sanderson, lequel vaut la peine que l’on s’y arrête. Et comme c’est un tome qui se suffit à lui-même, ajouté sa parution en poche, c’est vraiment un superbe moyen offert pour découvrir cet auteur coup de cœur.