Les légions de poussière

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Rikka, le 18 juin 2013 à 16h08

Uchronie aux accents steampunkiens, The Rithmatist se déroule au XXème siècle, sur le vaste territoire des Iles Unies d’Amérique – dont les appellations ne sont d’ailleurs pas sans nous rappeler les vastes Etats des USA. Le système de magie ici mis en place par l’auteur pourrait par certains abords nous rappeler les fameuses runes si chères à P.V. Brett. L’idée force est ainsi la même : dessiner… ou être tué. Le Rithmatisme n’est cependant réservé qu’à quelques élus, qui – à l’issue de leur inception, alors tous justes âgés de 8 ans – se voient destinés à une formation tout aussi rigoureuse que vitale pour la sécurité même du pays. Et ce n’est qu’au terme de nombreuses années d’un apprentissage éprouvant qu’ils pourront prétendre à prendre part aux féroces combats opposants Rithmatists et Wild Chalking, sur l’île centrale de Nebrask.

Sanderson nous offre ici de suivre les aventures de Joel, génie insomniaque doté d’un exceptionnel talent pour le Rithmatisme. Un seul obstacle se présente à lui : il n’est pas, et ne sera sans doute jamais, Rithmatist. Le récit sous forme de huit clos se déroule quasi-exclusivement sur le campus de l’Académie Armerdius, une prestigieuse école où Rithmatist et non-Rithmatist suivent un enseignement sélectif, sans pour autant se mêler les uns aux autres. Sur fond d’intrigue policière nous amenant à suspecter tour à tour de multiples protagonistes, le style est fluide et méchamment accrocheur, pour un final en apothéose, que ce soit au niveau rythme que des nombreux rebondissements offerts par l’auteur. Les personnages ne sont pas en reste, tous très atypiques, bien que pour ma part, je relèverai un aspect légèrement trop lisse – voire fade – chez Joel, au contraire de la très piquante Melody qui m’a réellement séduite !

Laissons maintenant l’intrigue de côté pour passer en revue les points forts ! Il convient de relever – une fois encore ! – que bien que Sanderson nous offre ici un roman plus léger, départi de cette aura particulière enveloppant un Fils-des-Brumes ou un The Wayof Kings, la production demeure d’une minutie et d’un détail interpellants. Outre les formidables illustrations réalisées par Ben MacSweeney autour du livre, et permettant au lecteur averti de saisir avec plus de justesse les rouages du Rithmatisme, c’est bien l’histoire en elle-même qui s’avère construite avec la précision d’un savant horloger. Savourer de la sorte l’intrication si parfaite de toutes les pièces du puzzle, je l’avoue… c’est purement jouissif. Tout autant d’ailleurs que de parvenir à mettre en lumière – si peu je le concède – les éléments solitaires savamment disséminés par l’auteur dans l’optique d’une suite. Quoique… l’insidieuse torture n’est pas loin non plus !

Un petit bémol peut-être ? Ne serait-ce que dans le but de parfaire ce simulacre d’objectivité mis en place… Et bien j’avoue avoir eu un peu de mal à me sentir véritablement effrayée par ces démons de craie, ainsi que ces mystérieux enlèvements. Le suspense était au rendez-vous, sans aucun doute. Explorer le fonctionnement quasi-scientifique du système de magie fut en outre un véritable délice. Mais aucun véritable frisson de terreur, pas même tard le soir au creux du lit.

Pour la petite comparaison, la haletante course contre la montre mise en place dans The Emperor’s Soul m’avait véritablement scotchée au canap’. Entrainant le lecteur dans un rythme diabolique dont seule la fin de l’histoire offrait une issue salvatrice, Sanderson avait alors frappé un très grand coup. Dans The Rithmatist, rien de tel. Toutefois, il faut – à ce point là de la critique – rappeler au bon esprit du lecteur qu’il s’agit là d’un roman Young Adult. Par conséquent, quand bien même le second niveau de lecture s’avère tout bonnement succulent, la base demeure volontairement épurée pour que sa lecture puisse convenir à un jeune public. Le véritable challenge – pour un lecteur averti, il me semble – réside en la compréhension fine des entremêlements du système de magie ainsi crée, de même que la mise en lumière des habituelles thématiques Sandersonnienne ici davantage dissimulées. 

En conclusion, bien que le génie de Sanderson ne trouve véritablement sa lanterne au sein des grands cycles aux fresques épiques, cela ne l’empêche pas de briller dans nombre d’autres domaines et de nous offrir de nouvelles et savoureuses pépites dès lors qu’il se saisit de sa plume.

tkl, le 7 juin 2013 à 07h39

Un petit livre qui se lit (trop) rapidement mais particulièrement riche!

Sur la forme de l'histoire, rien de tout à fait neuf : un étudiant semblant déshérité va jouer un rôle majeur dans une crise dont les soubresauts pourraient remettre en cause l'ordre établit.

Sur le fond par contre, cette aventure humaine tout d'abord, car les émotions et les sentiments jouent un rôle prépondérant, nous embarque en quelque pages pour ne plus nous lâcher.

Je ne reviendrais pas sur la parfaite description de François du système de magie mis en place par Sanderson, mais je noterai ici encore une fois le coup de maître:
La magie rithmatie tout en étant centrale dans le développement des intrigues, permet en fait de "passer les plats" dans le sens où elle est utilisée pour mettre en lumière des éléments bien plus fondamentaux (humains) qui feront vivre l'aventure au lecteur.

Et puis, les dessins explicatifs, sont une parfaite manière de "vivre" l'action. Ils nous illustrent à merveille les dénouements d'actions clés. La gradation est bien dosée et l'on progresse avec les élèves.

Enfin, bien que cette histoire soit vendue comme YA, on sent parfaitement à certain moment les ajustements qui ont pu être faits pour rendre l'ensemble moins sombre (ou inversement ce qui pourrait être fait pour rendre le réçit plus brutal  demon )
Ce premier volume est une véritable clef qui ouvre un très grand nombre de portes pour des développements futurs pleins de promesses.  smile

François, le 30 mai 2013 à 18h38

J'avoue que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre lorsque j'ai entamé ma lecture. Le synopsis présentant ce nouveau roman m'avait laissé assez dubitatif : un système de magie utilisant des dessins à la craie ? Des créatures formées par ces dessins qui prennent vie, se déplacent sur le sol et attaquent des gens ? Difficile de s'imaginer tout cela aux premiers abords huh.

La lecture des premiers chapitre diffusés avant la sortie par TOR ne m'avait pas plus éclaircis, mais je me suis tout de même lancé avec intérêt dans la lecture du roman rapidement après sa sortie : Brandon Sanderson m'a jusque là toujours très agréablement surpris après une première approche parfois un peu délicate. Je ne doutais donc pas qu'il saurait une nouvelle fois me faire voyager dans son imagination et me rendre accroc. Et je ne me trompais pas ! big_smile

Une fois passées les premières pages, un peu déroutantes nouveauté oblige, et notre cerveau cablé sur la même longueur d'imagination que l'auteur, on est rapidement happé par cet univers surprenant et par les personnages qui le peuplent.

L'univers se rapproche du début de l'ère industrielle, avec les premières machines utilisant une force autre qu'animal (de ce que j'en ai compris) sur une Terre à la fois semblable et dissemblable à la notre. On y retrouve la position de nos continents mais avec une histoire et des changements géographiques parfois surprenants.

Les personnages sont attachants et intéressants à suivre, surtout Joel. Personnage central de l'histoire à la vie pas vraiment rose, il va se retrouver embarqué dans une "enquête policère" suite à la disparition d'un élève de l'école de magie dans laquelle il vit, alors qu'il n'y a pas été choisi pour être Rithmatist. Son incapacité à faire de la magie est cependant compensée par sa vivacité d'esprit qui lui permet de comprendre en profondeur comment elle fonctionne.

Les explications de l'auteur concernant cette forme de magie sont assez claires, et les illustration de Ben McSweeney qui émaillent le livre sont d'une grande aide pour visualiser les différents schémas géométriques de défenses présentés au cours de l'histoire. Il nous conserve tout de même quelques mystères sur l'origine de cette magie, de la façon dont on devient Rithmatist, et surtout sur les wild chalking, ces dessins sauvages dont les Nebraks nous protègent !

Le dernier chapitre est superbe. La connexion entre les deux jeunes personnages (Joel et Melody) se ressent parfaitement, et les images du combat Rithmatisc se forment d'elles-mêmes dans notre tête. Je l'ai relu avec délectation le lendemain matin (en partie aussi pour bien comprendre l'une des scènes importantes de clôture ironique)

C'est donc à regret que j'ai refermé ce roman, trop court à mon goût, et qui mérite plus qu'amplement d'avoir une suite. Il y a tellement de potentiel dans ce qui nous conté. Le "to be continued" ne laisse présager que le meilleur... si l'on est patient !